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Gestion de cabinet

Céder ou reprendre une patientèle d’ostéopathe

Ce que l’on cède quand on cède sa patientèle, ce que doit prévoir le contrat, comment se discute le prix, comment est imposée la plus-value et ce que deviennent les dossiers des patients : les points à connaître, côté cédant comme côté repreneur.

Peut-on céder une patientèle d’ostéopathe ?

Oui, à une condition. La Cour de cassation juge que la cession d’une clientèle médicale, à l’occasion de la constitution ou de la cession d’un fonds libéral, n’est pas illicite, « à la condition que soit sauvegardée la liberté de choix du patient » (Cass. 1re civ., 7 novembre 2000, n° 98-17.731 (nouvel onglet)). Le Code de la santé publique fait du droit du malade au libre choix de son praticien « un principe fondamental de la législation sanitaire » (art. L1110-8 (nouvel onglet)).

La décision de 2000 concerne un chirurgien ; nous n’avons trouvé ni texte ni décision propres aux ostéopathes. Le principe se lit ainsi : le cédant ne vend pas ses patients, il s’engage à présenter un successeur et à lui donner les moyens de poursuivre l’activité. Chaque patient reste libre de consulter le repreneur, un autre praticien ou personne. Dans l’affaire jugée en 2000, la liberté de choix des patients n’avait pas été respectée : la convention a été annulée et les sommes déjà versées ont dû être restituées.

Que cède-t-on exactement ?

Le mot « patientèle » recouvre plusieurs éléments. Les parties choisissent ceux qu’elles cèdent (Code civil, art. 1102 (nouvel onglet)) : la présentation seule, ou avec le local et le matériel. Listez-les un à un dans le contrat, avec le prix de chacun.

Les éléments d’une cession de patientèle

Ce que recouvre chaque élément et ce qu’il faut vérifier (état au 31 octobre 2026)
CritèreÉlémentCe que cela recouvreÀ vérifier
PrésentationLettre ou affichage qui annonce le successeur, période où le cédant l’accompagneTexte remis aux patients, durée de l’accompagnement, rappel de leur libre choix
Non-réinstallationEngagement du cédant de ne pas exercer à proximité pendant un tempsDurée et rayon limités, proportionnés
LocalReprise du bail du cabinet, ou nouveau bail avec le propriétaireCe que le bail prévoit en cas de cession, loyer, durée restante
Matériel et mobilierTables, mobilier, équipement de la salle d’attenteInventaire, état, prix de chaque élément
Coordonnées du cabinetNuméro de téléphone, site internet, fiche d’établissementTransfert ou renvoi, date de bascule
Dossiers des patientsCouverts par le secret professionnelTransmis un par un, avec l’accord de chaque patient

Ce que recouvre chaque élément et ce qu’il faut vérifier (état au 31 octobre 2026) · Les patients eux-mêmes ne se cèdent pas : quelle que soit la rédaction du contrat, ils restent libres de leur choix (Code de la santé publique, art. L1110-8).

Que doit prévoir le contrat de cession ?

Nous n’avons trouvé aucun texte qui encadre spécialement la cession d’une patientèle entre ostéopathes : son contenu relève de la liberté contractuelle, dans les limites fixées par la loi (Code civil, art. 1102 (nouvel onglet)). Un écrit détaillé protège les deux parties. Il précise notamment :

  • les parties, la date d’entrée du repreneur et, le cas échéant, la durée de l’accompagnement ;
  • les éléments cédés et le prix de chacun (présentation, matériel, droit au bail) ;
  • les modalités de la présentation : lettre aux patients, affichage, période de travail en commun ;
  • l’engagement de non-réinstallation du cédant : durée, rayon, activité visée ;
  • le paiement : comptant ou échelonné, conditions suspensives (obtention du bail, financement) ;
  • le sort des dossiers des patients, qui conserve ceux qui ne sont pas transmis et qui répond aux demandes d’accès ;
  • la prise en charge des droits d’enregistrement et des frais d’acte.

Avant la signature, la partie qui connaît une information dont l’importance est déterminante pour le consentement de l’autre doit l’en informer, si l’autre l’ignore légitimement ; ce devoir ne porte pas sur l’estimation de la valeur (Code civil, art. 1112-1 (nouvel onglet)). Recettes, fréquentation, durée restante du bail, départ annoncé d’un confrère du cabinet : partagez par écrit ce qui compte.

La clause de non-réinstallation est-elle valable ?

Nous n’avons trouvé aucune décision propre à la cession d’une patientèle d’ostéopathe. Pour une orthophoniste collaboratrice libérale, la Cour de cassation a exigé de rechercher si la clause, limitée dans le temps et dans l’espace, était proportionnée aux intérêts légitimes à protéger (Cass. com., 11 mars 2014, n° 13-12.503 (nouvel onglet)). Écrivez donc une durée et un rayon précis, en rapport avec la patientèle cédée, et visez la seule activité d’ostéopathe.

La clause engage le cédant, pas les patients : ils restent libres de le consulter ailleurs. Nous ne donnons ni durée ni rayon type : faites relire ce point par un avocat. Le guide de la collaboration libérale entre ostéopathes détaille la même question pour un collaborateur.

Comment fixer le prix d’une patientèle ?

Le prix est celui dont le cédant et le repreneur conviennent (Code civil, art. 1102 (nouvel onglet)), et chacun l’estime pour son compte : le devoir d’information du cédant ne porte pas sur la valeur (art. 1112-1 (nouvel onglet)). Pour discuter sur des bases vérifiables, réunissez :

  • les recettes des dernières années, telles que déclarées (voir le guide de la déclaration 2035) ;
  • le nombre de patients vus par an, la part de nouveaux patients et celle des patients qui reviennent (voir les indicateurs du cabinet) ;
  • l’emplacement, les conditions du bail, l’accessibilité du local et l’état du matériel ;
  • la durée de l’accompagnement proposé par le cédant.

Le repreneur rapproche ce prix de ce qu’il peut raisonnablement conserver, puisque les patients restent libres de consulter ailleurs. Votre expert-comptable ou votre association agréée peut vous aider à chiffrer.

Comment est imposée la plus-value du cédant ?

La cession dégage une plus-value professionnelle, dont l’imposition dépend de sa nature (Service-public.fr, fiche F33162 (nouvel onglet)) :

  • à court terme, pour les éléments acquis ou créés depuis moins de deux ans (et, pour un bien amorti, à hauteur des amortissements déduits) : elle s’ajoute au résultat imposable ;
  • à long terme, pour les éléments non amortissables détenus depuis au moins deux ans (et la part qui dépasse les amortissements) : la plus-value nette est soumise au prélèvement forfaitaire unique, au taux global de 31,4 % selon la fiche vérifiée le 6 février 2026.

La répartition dépend de chaque élément cédé (patientèle, matériel) et de sa date d’entrée dans votre activité : faites établir le calcul par votre expert-comptable. Trois régimes peuvent exonérer la plus-value, sous conditions ; tous supposent une activité exercée depuis au moins cinq ans.

Les exonérations de plus-value qui peuvent concerner une cession de patientèle

Conditions principales des trois régimes, d’après impots.gouv.fr, Service-public.fr et Légifrance (état au 31 octobre 2026)
CritèreRégimeConditions principalesExonération
Petites entreprises (CGI, art. 151 septies) (nouvel onglet)Activité exercée à titre professionnel depuis au moins cinq ans ; moyenne des recettes HT des deux années civiles qui précèdent la clôture de l’exercice de la cessionTotale jusqu’à 90 000 € de recettes ; partielle de 90 000 € à 126 000 €, au taux (126 000 − recettes) / 36 000
Transmission d’une entreprise individuelle (CGI, art. 238 quindecies) (nouvel onglet)Transmission d’une entreprise individuelle ou d’une branche complète d’activité exercée depuis au moins cinq ansTotale si les éléments transmis valent au plus 500 000 € ; partielle jusqu’à 1 000 000 € ; plus-values immobilières exclues
Départ à la retraite (CGI, art. 151 septies A) (nouvel onglet)Activité exercée depuis au moins cinq ans ; cesser toute fonction dans l’entreprise cédée et faire valoir ses droits à la retraite dans les deux ans qui précèdent ou suivent la cession ; ne pas détenir plus de 50 % de l’entreprise qui reprendImpôt sur le revenu sur les plus-values, immobilières exceptées ; les prélèvements sociaux restent dus

Conditions principales des trois régimes, d’après impots.gouv.fr, Service-public.fr et Légifrance (état au 31 octobre 2026) · Ces régimes ont d’autres conditions et des règles de cumul : faites vérifier votre situation par votre expert-comptable ou votre service des impôts avant de signer.

Qui paie les droits d’enregistrement ?

Les cessions de clientèles, civiles comme commerciales, supportent les droits d’enregistrement des cessions de fonds de commerce (BOFiP, article 719 du CGI (nouvel onglet)). Ils se calculent par tranches sur le prix : 0 % jusqu’à 23 000 €, 3 % de 23 000 € à 200 000 €, 5 % au-delà, avec un minimum de 25 € (Service-public.fr, fiche F37197 (nouvel onglet)). Ils sont en principe à la charge de l’acquéreur ; l’acte peut prévoir qu’ils soient supportés par le cédant ou partagés.

Que deviennent les dossiers des patients ?

Ils restent couverts par le secret professionnel : révéler une information à caractère secret dont on est dépositaire par profession est puni par le Code pénal (art. 226-13) (nouvel onglet). Nous n’avons trouvé aucun texte propre aux ostéopathes sur la remise des dossiers à un repreneur. La voie la plus sûre, détaillée dans le guide sur le secret professionnel :

  • annoncez la cession à vos patients, en rappelant qu’ils restent libres de consulter qui ils veulent et qu’ils peuvent obtenir une copie de leur dossier (voir la demande d’accès au dossier) ;
  • ne remettez au repreneur que le dossier des patients qui l’acceptent, par exemple au moment de leur première séance avec lui, et notez cet accord ;
  • conservez les autres dossiers de façon sécurisée jusqu’au terme des durées que vous avez fixées : vous en restez responsable (voir la conservation des dossiers).

Côté repreneur : que vérifier avant de signer ?

Le repreneur paie une activité que les patients restent libres de ne pas lui confier. Avant de signer, vérifiez au moins ces points, pièces à l’appui.

Avant de reprendre une patientèle

  • L’activité réelle

    Recettes déclarées des dernières années, agenda, nombre de patients et de nouveaux patients par an.

  • Le local

    Bail : durée restante, loyer, ce qu’il prévoit en cas de cession ; accessibilité ; autres professionnels présents.

  • Le matériel

    Inventaire, état, factures d’origine, prix de chaque élément.

  • La présentation aux patients

    Texte de la lettre ou de l’affiche, durée de l’accompagnement par le cédant.

  • La non-réinstallation

    Durée, rayon et activité visée, écrits dans le contrat.

  • Les dossiers

    Comment l’accord de chaque patient sera recueilli, qui conserve les autres dossiers.

  • Le coût total

    Prix, droits d’enregistrement, frais d’acte et de conseil, financement.

  • Votre installation

    Enregistrement, déclaration d’activité, assurance RCP : voir le guide pour ouvrir son cabinet.

Patientèles à céder et ostéopathes qui cherchent à reprendre un cabinet se retrouvent dans la rubrique Cession de patientèle des petites annonces de L’Ostéopathe.

Sources

Textes et pages officielles consultés pour rédiger cette page.

  1. [1]Cour de cassation, 1re chambre civile, 7 novembre 2000, n° 98-17.731 (cession de clientèle médicale et liberté de choix du patient)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  2. [2]Code de la santé publique, article L1110-8 (libre choix de son praticien)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  3. [3]Code civil, article 1102 (liberté contractuelle)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  4. [4]Code civil, article 1112-1 (devoir d’information avant le contrat)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  5. [5]Cour de cassation, chambre commerciale, 11 mars 2014, n° 13-12.503 (clause de non-réinstallation dans une collaboration libérale)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  6. [6]Imposition des plus-values professionnelles (fiche F33162, vérifiée le 6 février 2026)Service-public.fr · entreprendre.service-public.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  7. [7]Exonération des plus-values réservée aux petites entreprises, article 151 septies du CGI (page modifiée le 27 octobre 2026)impots.gouv.fr · impots.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  8. [8]Cession de son entreprise individuelle pour partir à la retraite, article 151 septies A du CGI (page modifiée le 27 octobre 2026)impots.gouv.fr · impots.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  9. [9]Code général des impôts, article 238 quindecies (transmission d’une entreprise individuelle)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  10. [10]BOI-ENR-DMTOM-10-10-20 : cessions de clientèles, article 719 du CGIBOFiP-Impôts · bofip.impots.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  11. [11]Cession du fonds de commerce à un tiers : droits d’enregistrement (fiche F37197, vérifiée le 22 juillet 2026)Service-public.fr · entreprendre.service-public.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026
  12. [12]Code pénal, article 226-13 (atteinte au secret professionnel)Légifrance · legifrance.gouv.fr · consulté le 31 octobre 2026

Questions fréquentes

Peut-on vendre sa patientèle d’ostéopathe ?

Oui, à condition que chaque patient reste libre de choisir son praticien : c’est la condition posée par la Cour de cassation pour la cession d’une clientèle médicale (1re chambre civile, 7 novembre 2000). Le cédant présente un successeur ; chaque patient décide ensuite s’il le consulte.

Le cédant peut-il remettre tous ses dossiers au repreneur ?

Pas sans l’accord de chaque patient : les dossiers sont couverts par le secret professionnel. Le repreneur reçoit le dossier des patients qui l’acceptent ; le cédant conserve les autres jusqu’au terme des durées de conservation.

Qui paie les droits d’enregistrement d’une cession de patientèle ?

En principe l’acquéreur, mais l’acte peut prévoir un autre partage. Les droits suivent le barème des cessions de fonds de commerce : 0 % jusqu’à 23 000 €, 3 % jusqu’à 200 000 €, 5 % au-delà.

La plus-value de cession est-elle imposable ?

Oui, en principe, mais elle peut être exonérée après au moins cinq ans d’activité : selon les recettes (art. 151 septies du CGI), selon la valeur transmise (art. 238 quindecies) ou pour un départ à la retraite (art. 151 septies A), chacun avec ses conditions.

Combien de temps peut durer une clause de non-réinstallation ?

Aucun texte ne la fixe à notre connaissance. La clause doit rester limitée dans le temps et dans l’espace et proportionnée aux intérêts à protéger ; faites-la relire par un avocat.

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